Mobile-banking : que font les banques congolaises ?

L’industrie des services financiers par mobile est aujourd’hui largement dominée par les opérateurs téléphoniques. Le service M-Pesa, proposé dès 2007 par l’opérateur de téléphonie mobile Safaricom au Kenya, reste une référence, lorsque l’on parle du mobile-banking. M-Pesa compte aujourd’hui plus de 14 millions d’utilisateurs.

En Afrique francophone, ce sont Orange Money, MTN Mobile Money et Airtel Money qui contrôlent ce secteur, soit des services lancés par des opérateurs téléphoniques. Airtel a ainsi déployé son offre dans 12 pays, MTN dans onze et Orange dans neuf.

Depuis 2010, Safaricom a lancé M-Kesho, un service subsidiaire à M-Pesa qui permet d’avoir un compte bancaire (épargne) dans une banque traditionnelle à travers son téléphone portable. C’est avec Equity Bank, une grande banque commerciale offrant des services de micro finance, que M-Kesho a été lancé. Moins de deux ans après, 700 000 comptes ont été ouverts pour un total de quelques 8 millions de dollars de dépôts.

La succes story kenyane a fait rêver les opérateurs mobiles en RDC. Avec une superficie de 2 345 409 km2, un taux de bancarisation de 5% et un taux de pénétration des télécoms avoisinant les 25 %, le marché congolais avait tout de la poule aux oeufs d’or.

M-Pesa, Airtel Money et Tigo cash tentent depuis plus de 3 ans de convertir la population à l’utilisation de la monnaie électronique.

Cependant, ce nouveau service ne décolle toujours pas, malgré les campagnes de communication massives mais également la tentative de payer les fonctionnaires se trouvant dans les zones rurales via leurs mobiles.

Si la monnaie virtuelle n’est pas encore entrée dans les moeurs des congolais, la fonction de transfert d’argent est la seule qui peut séduire. En effet, même si les opérateurs n’en communiquent pas encore le montant, la masse d’argent qui transite sur leurs plateformes est surtout liée à l’activité de transfert.

Aujourd’hui, les banques sont présentes dans le mobile banking essentiellement en partenariat avec des opérateurs télécoms. Ainsi, toute la masse monétaire qui transite à travers les plateformes de mobile-money et qui est associée aux utilisateurs, a une contrepartie bancaire ; le mobile banking en soi ne crée pas de monnaie, il utilise le système bancaire habituel.

En ayant été précurseur sur ce marché, ce sont les Télécoms qui mènent la danse. Les banques, jusqu’ici réduites bien souvent au rôle de partenaires techniques, tentent désormais de réduire leur retard. Elles ont donc de plus en plus tendance à signer des accords avec ceux-ci pour le lancement de leurs produits mobile money.

Le groupe bancaire panafricain Ecobank et l’opérateur télécoms Orange ont ainsi annoncé le 5 février le lancement d’un service de transfert d’argent.

Déjà opérationnelle au Mali, cette solution permet « aux clients d’Orange Money détenteurs de comptes bancaires Ecobank de transférer de l’argent entre leurs comptes », expliquent les deux partenaires dans un communiqué commun. Elle sera déployée au Cameroun, en Côte d’Ivoire, en Guinée, au Niger, au Sénégal et en RD Congo, au cours du premier semestre 2015.

En RDC, seul Ecobank a jusque là manifesté son intérêt sur ce marché. Un accord avec Airtel a déjà permis le lancement en 2012 d’Ecobank Mobile Banking. Ce service permet à tout abonné d’Airtel de disposer d’un compte bancaire dans son téléphone portable, d’effectuer des transactions (transfert d’argent, paiement de factures, achat) et de bénéficier d’autres services financiers.

La banque TMB, déjà présente dans le transfert d’argent avec son produit Pepele, mais hélas sans réel succès faute de communication, compte lancer Pepele mobile ; Un service de transfert d’argent lié à son compte et interconnecté avec M-pesa, Airtel Money et Tigo Cash. Forte de sa présence dans toutes les provinces de la RDC et de son expérience dans la paie des fonctionnaires en milieu ruraux, cette banque que personne n’attendait à ce stade, risque de prendre à contre pied ses principaux concurrents en matière de paiements électroniques (Rawbank, Biac et Procredit bank).

Grâce au mobile banking les banques pourront détruire les barrières des échanges entre les personnes bancarisées et celles qui ne le sont pas mais surtout accélérer la bancarisation d’une population jusque là trop liée à la culture du cash.

Pour réussir les banques devront avoir une position de leadership convaincue, une offre de service accessible via tous les opérateurs mobiles, un enregistrement simplifié, une communication claire et constante et un réseau de distribution décentralisé leur permettant d’être présentes partout.

Le partenariat est-il la seule solution face aux opérateurs télécom qui ont déjà pris une sacrée longueur d’avance?

Au Kenya, Equity bank a très vite compris l’enjeu du mobile banking. Elle a été la 1ère banque à devenir partenaire de Safaricom. A défaut de la combattre, elle est devenue son partenaire en permettant à ses clients des opérations entre Mpesa et leur compte. Un succès ! Les services mobiles n’ont ensuite jamais cessé d’évoluer. Et pourtant, la banque a décidé de contre-attaquer.
En effet, celle-ci vient d’acquérir une licence d’opérateur de réseau mobile virtuel, également connu sous le sigle MVNO (de l’anglais Mobile Virtual Network Operator) devenant ainsi la première institution financière capable de challenger les télécoms sur leur propre terrain.

Grâce à cette licence et son partenariat avec Taisys Technologies Co, Equity Bank compte fournir à ses clients des Smart SIM capables de s’adosser à une sim existante, permettant ainsi à son utilisateur d’être connecté à 2 opérateurs au moyen d’un seul téléphone. La Smart sim adossée peut alors émettre et recevoir des appels indépendants. Celle-ci est bien entendu fourni avec le service mobile banking de la banque.

Les titulaires de comptes Equity Bank auront accès à leurs comptes par l’intermédiaire des téléphones mobiles. Ils pourront transférer de l’argent aux clients abonnés à d’autres services de téléphonies mobiles tels que M-Pesa, Airtel et Orange Money.

Ils pourront également transférer tout montant de leur compte Equity Bank vers d’autres comptes bancaires, payer des factures ou acheter des biens et services.

Les Banques en RDC n’ont donc plus le choix ! Elles doivent se lancer. Car si elles restent dans la logique actuelle, les millions d’abonnées que comptent les télécoms ne seront jamais leurs clients.

Pour des millions de congolais, le mobile est sans aucun doute la banque de demain.

« D’ici 2030, 2 milliards de personnes qui n’ont pas actuellement de compte bancaire épargneront et réaliseront des paiements avec leur téléphone. Et grâce à cela, les fournisseurs de services de transfert d’argent par mobile offrirons un large éventail de services financiers, des comptes d’épargne au crédit d’assurance », estime Bill Gates.

7 réflexions sur “Mobile-banking : que font les banques congolaises ?

  1. I regretted that no operator in the Congo does the contactless payment or electronic wallet. There is still much to do and the market is still virgin

    Je regrettable qu’au Congo aucun opérateur ne s’occupe du paiement sans contact ou des porte-monnaie électronique. Il y a encore beaucoup à faire et le marché est encore vierge

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    1. Yes it’s a pity but where in some country operators is fighting for offering the last technology, here we’re fighting to make people understand the product and adopt it. It is a huge work belive me. It’s taking time but when it will be done, there won’t be any barier for new technology. Just have a look for example with cell phone sector where we are not far away from developed country

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  2. Hi Francis,

    Yes indeed! The market is still virgin and I am sure both are working on it and slowly but surely we will get where other country like Kenya and Tanzania are at the moment. In fact they are very far away compare to where Drc is today however time will come for Drc to expand this mobile money sector/industry. Both actors: Telcos, banks, microfinances, financial access points, saccos must work hard and altogether develop this great product for the development of DRC especially for people leaving in remote town and villages or at the area or places where there is no banking infrastructure.
    It will take time but we will get there…

    Regards,
    Stella Nkunga.

    Aimé par 1 personne

  3. Bonjour Francis, une petite erreur s’est glissée dans votre post. La solution Pepele Mobile est multi-réseau mais pas connectée ni à M-Pesa, ni à Airtel Money ou Tigo Cash (pour l’instant). La solution est propre à la TMB et permets à chaque client de choisir son opérateur. Le client peut alors transférer de l’argent à un bénéficiaire quel que soit leurs opérateurs. Le client Pepele Mobile n’a pas non plus besoin d’être client de la banque.

    Sinon très bonne analyse du marché qui reste à suivre vu l’évolution prévue dans les mois à venir. Les banques s’attaquent au Mobile Money et les Telecoms aux services bancaires avec les micros-crédits ….

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